Ma version revisitée de Vermeer :

Femme en bleu lisant une lettre

Ellen en bleu vermeer.jpeg
OKNAM en Arizona
 Huile sur toile (50cm x 70 cm)
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Illustrations  Venise
 Scène glamour des "Pantins innocents"
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Crayonné

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Aquarelle

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Huile sur toile

The Gate FHA2

Benoit Roels

Une pluie d’encre diluée se déversait en flux tendu sur la ville estudiantine depuis plusieurs jours déjà. La petite Polo grise s’engagea dans le périmètre de la Haute École à la lueur de ses phares blafards et se gara dans le fond du parking désert.

 

    L’homme ouvrit la portière et sortit du véhicule. Quinze ans déjà qu’il enseignait l’Histoire dans cet établissement à l’architecture moderne. Il était fatigué.

Il releva le col de son imper, resserra son écharpe et marcha tel un pantin blessé vers la double porte en verre du bâtiment. Il n’avait emporté ni bonnet ni parapluie et sentit immédiatement l’impact incisif des gouttes tièdes sur ses cheveux ébouriffés comme une nouvelle petite agression. Une de plus. Mais il n’en avait cure. Il n’avait plus personne à voir ce soir et n’avait pas cours. Et de toute manière, il savait qu’il n’en avait plus pour longtemps à supporter toute cette misère. D’un geste routinier, il plaqua sa carte magnétique contre le boitier de l’entrée et pénétra dans l’immeuble.

 

Et là, seul dans le hall d’accueil, il la vit. Son visage s’éclaira soudain. S’illumina. Comme celui d’un enfant qui, gourmand, arrive devant la devanture du marchand de glaces. Il déboutonna son lourd manteau et dénoua son écharpe. Il avait besoin d’air.

    Trônant au milieu de la vaste pièce : la porte. The gate FHA2. Un monolithe protéiforme ressemblant vaguement à un piano à queue multicolore qui aurait basculé sur la tranche. Des couleurs chatoyantes. Un feu d’artifice. Des éclaboussures de peinture. Mauve, rose, bleu, rouge, vert, jaune, blanc.

    Il savait que ce portail était magique. Un accès vers un univers parallèle. On le lui avait dit. Un elfe. Ou un géant. Dans un rêve qu’il avait fait la veille. Une porte pour changer de niveau. Un passage vers un autre monde pour toutes les âmes perdues qui voulaient fuir celui-ci. S’échapper. Disparaître. Refaire sa vie ailleurs ou tout au moins se ressourcer avant un éventuel retour dans cette jungle hostile et délétère. C’est ce qu’il voulait. Ce à quoi il aspirait à présent. Ce qu’il avait décidé.

 

    Il ne pouvait plus supporter toutes les remarques de ses collègues, leurs bons conseils d’amis (tu parles !) ou leurs sempiternels reproches paternalistes. Cinglants parfois. De quel droit ils se permettaient de lui faire la leçon, ces coquelets de basse-cour, soucieux en permanence de montrer qu’ils étaient là et qu’ils étaient importants. Qu’ils avaient du pouvoir. Qu’ils avaient des choses à dire et qu’il fallait en tenir compte. Qu’ils connaissaient leur métier, non mais ! Et qu’ils avaient un avis sur tout (et souvent négatifs, entre parenthèses).

    Triste signe des temps !

    Bien sûr, il était entré dans la danse et savait qu’il devait lui aussi montrer qui il était et qu’il existait. De quel bois il se chauffait. De peur qu’on le déconsidère, qu’on le méprise, qu’on lui marche sur la tête et qu’on le bouffe. Qu’on l’ignore ou qu’on l’oublie.

      

    Mais là, pouce ! Temps mort ! Il était fatigué. Il n’en pouvait plus. Il en avait assez de jouer des coudes pour ne pas trébucher. Garder la tête hors de l’eau, reprendre de l’air, réattaquer et mordre…

    Là, il avait décidé de ne plus s’agiter. Et descendre au fond de la piscine. Calmement. Se laisser couler. Engloutir. À l’agonie.

 

    Il repensa néanmoins aux quelques collègues qu’il appréciait vraiment. Les rares personnes qui l’écoutaient parfois. Sans le juger. Qui le comprenaient. Il les retrouverait. À son retour. Quand il reviendrait. Guéri. Rafistolé. Regonflé à bloc.

 

    Alors qu’il entendit le glas de l’horloge de l’église Saint-François d’Assise sonner les douze coups de minuit, il s’accroupit devant la porte magique et avança à quatre pattes, humblement, dans la structure bigarrée. Doucement. C’était le bon moment. Un couloir étroit et muticolore. Il ne pensa plus à rien et poursuivit sa course, attiré par la lumière. Puis il disparut, happé par le monolithe, alors que la cloche du sanctuaire tinta une dernière fois.

 

 

    Le lendemain matin, la secrétaire entra tambour battant dans le hall désert de la Haute École. Elle découvrit par terre, au pied de l’installation polychrome, une écharpe bleue à carreaux. L’étoffe appartenait au professeur d’Histoire. Elle la reconnaissait. Elle la ramassa et la lissa avec soin, la plia en trois et la déposa dans le casier du bonhomme. Le meilleur moyen pour que celui-ci la récupère dès son arrivée. Les cours commençaient dans 40 minutes.

 

    Le type était assez sympa ! Vraiment ! Même s’il ne parlait pas beaucoup, contrairement à d’autres. Mais c’était un gars sensible. Un peu trop fragile. Il n’avait peut-être pas la carrure assez large pour donner cours, et tenir la dragée haute à ces escouades d’étudiants fougueux, survoltés, contestataires, revendicateurs ou rebelles. Des grands enfants gâtés qui avaient besoin de se cogner, de temps à autre, à une autorité solide, intègre et rigoureuse. Inflexible. Pour ne pas partir en vrille et se rappeler les bonnes manières. Le comportement propice à l’apprentissage, à adopter en toutes circonstances.

    Il lui avait semblé que son collègue était au bout du rouleau, ces dernières semaines. Un peu plus à cran. Désabusé. Nul doute qu’il ne passerait pas l’hiver.

 

    Elle mit cinq grandes cuillères de café en poudre dans le large filtre et lança la machine. Elle lui offrirait une tasse. Elle lui proposerait de  s’asseoir quelques minutes derrière son bureau avant le début des cours. Et elle tenterait de crever l’abcès.

    La secrétaire sentait qu’il était temps de faire quelque chose. D’aider son camarade. Le faire parler et l’écouter. Qu’il se livre. Qu’il lâche le morceau. Tout ce qu’il avait sur le cœur. Tout ce qu’il gardait pour lui dans une valise qui devenait bien trop lourde à porter seul. Il fallait qu’il la vide avant que ce fardeau pesant ne l’entraîne au fond des abysses comme la pierre au cou du désespéré qui a décidé de se jeter du pont pour en finir.

    Il fallait prendre les choses en main rapidement maintenant, avant d’en arriver à cette fatale extrémité. Mais avec la douce amertume du café chaud et son oreille attentive, ça irait. Elle allait pouvoir inverser la vapeur et donner au bonhomme l’impulsion nécessaire pour remonter la pente et reprendre du poil de la bête. Le coup de talon au fond de la piscine. Les bons conseils. Lui redonner le goût d’enseigner. De partager avec ses étudiants enthousiastes ce fabuleux plaisir d’apprendre. Leur insuffler la curosité, le désir de découvrir. Elle en était sûre. Elle savait redonner le moral aux causes perdues. C’était dans ses cordes. Elle regarda sa montre et se dit qu’il n’allait pas tarder, maintenant. Il allait arriver d’un instant à l’autre.

    Elle sourit tendrement et respira un grand coup. Sûre d’elle et de son réconfort salutaire.

Le portail-piano

(Installation avec les étudiants de l'ENCBW)

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